Carrière de Gounkoto photo prise le 27 juillet 2025
Le gouvernement malien a procédé à l’annulation d’environ cent permis d’exploitation et de recherche minière à travers le pays. Deux arrêtés du ministère des Mines, datés du 13 octobre 2025 et rendus publics le 29 octobre, officialisent cette décision : l’arrêté n°4742, portant annulation de plusieurs permis de recherche et l’arrêté n°4743, relatif à l’annulation des autorisations d’exploitation de carrières industrielles.
Les autorisations annulées concernent des sites d’exploitation de minerais situés dans les cercles de Sikasso, Kadiolo, Kolondiéba, Bougouni, Kangaba, Yanfolila, Kati, Bourèm, Ansongo, Gao, Kidal, Kayes, Kéniéba, Koulikoro, Dioïla, Diéma et Bafoulabé. Parmi les entreprises concernées figurent notamment Aïcha Industrie SARL, Gamby et Frères, Société Générale d’Exploitation des Carrières du Mali, Toguna S.A., Zenith Énergie pour le Développement et Fasso Bara SARL.
Selon le communiqué officiel, cette vaste opération s’inscrit dans une volonté d’assainir le secteur minier, régulièrement critiqué pour son opacité et les irrégularités entourant l’attribution de certains titres. Le ministère entend ainsi renforcer la transparence et la gouvernance du secteur en réexaminant les conditions d’octroi et de maintien des titres miniers.
Un impact temporaire sur la production
L’objectif affiché est de garantir que seuls les opérateurs respectueux des obligations légales, environnementales et sociales puissent poursuivre leurs activités, conformément à l’évolution récente du Code minier.
Pour Dr Sidy Ba, professeur à l’École nationale d’ingénieurs (ENI-ABT) et spécialiste en génie environnemental, la mesure pourrait avoir des effets à court terme. « cette décision peut entraîner une réduction temporaire des activités extractives et des investissements, mais elle pourrait représenter un repositionnement stratégique de l’État malien dans un secteur clé de son économie », explique-t-il.
À moyen et long termes, le spécialiste estime qu’un cadre minier assaini et crédible pourrait renforcer la confiance des partenaires internationaux et attirer des investissements plus durables, contribuant ainsi à un développement équilibré du secteur.
Une opportunité pour une exploitation plus responsable
Cette décision envoie également « un signal fort confirmant la souveraineté nationale sur les ressources naturelles », indique Dr Ba, tout en ajoutant qu’elle pourrait aussi accroître les recettes publiques grâce à une renégociation ou une ré-attribution plus équitable des permis d’exploitation.
Sur le plan environnemental et social, cette mesure pourrait ouvrir la voie à une exploitation minière plus respectueuse des normes et des communautés locales. D’après Dr Ba, elle permettrait un meilleur contrôle des impacts sur les écosystèmes et sur les ressources en eau.
Cependant, certains observateurs mettent en garde contre le risque que ces annulations ne se traduisent que par un simple changement d’acteurs, sans réelle amélioration structurelle. Une telle situation reproduirait les mêmes dérives, longtemps dénoncées dans la gestion des ressources minières du pays.
Rédaction Biosphère
