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Dépister tôt peut sauver une vie, mais beaucoup de Maliennes hésitent encore à franchir la porte d’un centre de santé. Alors qu’Octobre Rose, lancé le 1er octobre, bat son plein avec des dépistages gratuits dans tout le pays, l’accès aux soins demeure un défi. Mme Faye Kadiatou Kanté, présidente de la Ligue malienne de lutte contre les cancers, et elle-même survivante, répond à nos questions.
Biosphère : Que représente pour vous le mois d’octobre ?
Mme Faye : C’est un mois de sensibilisation, de dépistage et d’information. Beaucoup de femmes au Mali ne sont pas informées sur cette maladie, et certaines ont peur d’aller se renseigner ou de se faire dépister. Ce mois est dédié à ces activités.
Quelles activités la Ligue a-t-elle prévues ?
Mme Faye : Cette année, ce n’est plus seulement une association, mais la Ligue. Nous organisons des dépistages gratuits et, en cas de résultat positif, la prise en charge est assurée à 100 %, ce qui est très rare.
Comment les patients sont-ils soignés aujourd’hui au Mali ?
Mme Faye : Nous sommes confrontés à un manque d’oncologues et à un coût de traitement excessif. Même un fonctionnaire, s’il n’a pas d’aide, ne peut pas se soigner chez nous. Les médicaments et les analyses coûtent cher.
Il y a aussi le problème de la radiothérapie : nous n’avons qu’un seul appareil dans le pays, alors qu’il en faudrait normalement un pour un million d’habitants. Nous avons obtenu un appareil très performant, mais il ne fonctionne pas actuellement. Or, après la chimiothérapie, la radiothérapie doit être faite dans les trois mois, sinon la maladie peut revenir. Beaucoup de malades sont dans cette situation. Après avoir payé des millions pour le traitement ici, aller en payer d’autres à l’étranger pour la radiothérapie n’est pas à notre portée.
Y a-t-il eu des avancées depuis que la Ligue et les associations se battent ?
Mme Faye : Oui. Quand j’ai eu mon cancer du sein en 2015, il n’y avait pas de sensibilisation et les malades ne s’affichaient pas. Quand j’ai senti une boule, je ne me suis pas inquiétée. Or cette maladie ne reste pas tranquille : elle s’enracine comme un tronc d’arbre. Six mois après, on a détecté une tache au poumon droit, alors que le cancer concernait le sein gauche. Elle a été vue très tôt et opérée aussitôt, ce qui m’a sauvée.
Notre sensibilisation à la radio et à la télévision a changé les choses. Autrefois, les gens allaient chez les tradithérapeutes plutôt qu’à l’hôpital. L’État subventionne les produits depuis 2009, mais ils finissaient par périmer faute de patients. Aujourd’hui, avec le même montant, ils ne durent pas deux mois, car les gens ont compris qu’il faut se faire soigner à l’hôpital. Les services d’oncologie sont pleins du lundi au vendredi. Alhamdoulillah.
Avez-vous une idée du nombre de malades ?
Mme Faye : Les statistiques, nous ne les maîtrisons pas. Mais chaque jour, je reçois un nouveau cas, souvent à un stade avancé.
Quel est votre message aux Maliens et aux autorités ?
Mme Faye : La sensibilisation ne s’arrête pas en octobre, mais c’est ce mois-ci que les dépistages sont gratuits. Je demande à mes mamans, mes sœurs, mes filles, car cette maladie ne connaît pas d’âge : venez vous faire consulter. Mieux vaut prévenir que guérir. Cette maladie est très silencieuse, je l’appelle la voleuse. On peut vivre dix ans avec elle sans rien sentir. Quand la douleur arrive, ce n’est plus facile. Venez vous faire consulter.
Rédaction Biosphère
